Avant de signer avec un artisan, vérifiez sa garantie décennale

31 octobre 2026

Un propriétaire vérifie une attestation d’assurance avec un artisan dans une maison en rénovation.
Artisans, devis et travaux 5 min de lecture

Une protection légale contre les dommages les plus graves

Avant de confier des travaux à un artisan, demander son attestation d’assurance responsabilité civile décennale est un réflexe essentiel. Cette garantie protège le maître d’ouvrage, c’est-à-dire le propriétaire ou le commanditaire des travaux, contre certains dommages apparus après la réception du chantier.

Prévue notamment par les articles 1792 et suivants du Code civil, la responsabilité décennale s’applique pendant 10 ans à compter de la réception des travaux. Elle concerne les désordres qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à l’usage auquel il est destiné. Par exemple, une fissure structurelle importante, un affaissement de toiture ou des infiltrations rendant un logement inhabitable peuvent relever de cette garantie.

Cette obligation concerne de nombreux professionnels du bâtiment : entreprise générale, maçon, couvreur, charpentier, étancheur, plombier ou encore professionnel intervenant sur des équipements indissociables du bâtiment.

Quels travaux sont concernés par la garantie décennale ?

La garantie ne couvre pas tous les défauts. Elle vise principalement les dommages suffisamment graves pour affecter la structure ou l’utilisation normale du bâtiment. Sont notamment susceptibles d’être concernés :

  • les désordres touchant les fondations, les murs porteurs, la charpente ou la toiture ;
  • les infiltrations importantes liées à un défaut d’étanchéité ;
  • les défauts d’un équipement indissociable, lorsqu’il ne peut être retiré sans détériorer l’ouvrage ;
  • les problèmes rendant un logement impropre à l’habitation ou un local inutilisable pour sa destination.

À l’inverse, une simple imperfection esthétique, une usure normale, un défaut d’entretien ou une panne d’un équipement facilement démontable ne relève généralement pas de la garantie décennale. Les défauts apparents et acceptés lors de la réception peuvent également être exclus.

La qualification dépend toujours de la nature du dommage, de sa gravité et de son lien avec les travaux réalisés. En cas de sinistre, un expert peut être mandaté afin d’en rechercher l’origine.

Pourquoi vérifier l’assurance avant l’ouverture du chantier ?

Un artisan doit être assuré avant le début des travaux pour lesquels sa responsabilité décennale peut être engagée. L’attestation ne doit donc pas être demandée uniquement après l’apparition d’un problème : il faut la contrôler avant de signer, ou au minimum avant l’ouverture du chantier.

Une entreprise peut être parfaitement immatriculée et compétente tout en n’étant pas couverte pour l’activité précise qu’elle propose. Or, une assurance souscrite pour la plomberie ne couvre pas automatiquement des travaux de couverture ou de gros œuvre. Le document doit correspondre à la qualification professionnelle et aux travaux décrits dans le devis.

Le particulier peut également consulter les informations officielles consacrées à la garantie décennale sur Service-Public.fr et aux règles du Code civil.

Les contrôles à effectuer sur l’attestation de l’artisan

Une attestation utile doit être lisible, récente et cohérente avec le devis. Avant de vous engager, vérifiez notamment :

  1. le nom ou la raison sociale de l’entreprise et son numéro SIRET ;
  2. le nom de l’assureur et le numéro du contrat ;
  3. la période de validité de la garantie ;
  4. la liste précise des activités ou techniques couvertes ;
  5. la zone géographique de validité ;
  6. la date d’ouverture du chantier, qui doit être compatible avec la période assurée.

Conservez l’attestation avec le devis, les factures, les plans et le procès-verbal de réception. En cas de doute, contactez directement l’assureur grâce aux coordonnées figurant sur le document. Cette vérification permet d’éviter une attestation falsifiée, expirée ou ne couvrant pas la prestation réellement commandée.

Garantie décennale et dommages-ouvrage : deux protections différentes

Il ne faut pas confondre l’assurance de l’artisan avec l’assurance dommages-ouvrage. La première couvre la responsabilité du constructeur lorsque les conditions de la garantie décennale sont réunies. La seconde est souscrite par le maître d’ouvrage, avant l’ouverture du chantier, conformément à l’article L.242-1 du Code des assurances.

L’assurance dommages-ouvrage permet en principe d’obtenir une indemnisation plus rapidement, sans attendre qu’un tribunal détermine quelle entreprise est responsable. L’assureur dommages-ouvrage se retourne ensuite contre les responsables et leurs assureurs. Pour des travaux importants, notamment une construction ou une rénovation touchant la structure, il est donc pertinent d’étudier les deux dispositifs.

Les bons réflexes avant de choisir son artisan

La garantie décennale ne remplace ni la comparaison des devis ni la vérification du sérieux du professionnel. Pour réduire les risques, demandez plusieurs offres détaillées et faites préciser les matériaux, les délais, les modalités de réception et les éventuelles sous-traitances.

  • ne versez pas la totalité du prix avant le démarrage du chantier ;
  • faites inscrire la nature exacte des travaux sur le devis ;
  • exigez l’attestation décennale avant la signature ;
  • formalisez la réception des travaux par écrit ;
  • signalez rapidement tout désordre par courrier recommandé.

Comparer les professionnels et leurs documents avant de s’engager permet de choisir un artisan avec davantage de visibilité sur ses compétences, ses garanties et ses responsabilités.

FAQ sur l’assurance décennale des artisans

L’assurance décennale est-elle obligatoire pour tous les artisans ?

Elle est obligatoire pour les professionnels dont la responsabilité décennale peut être engagée en raison de travaux de construction ou de rénovation. L’obligation dépend donc de la nature de l’activité exercée.

Quand la garantie décennale commence-t-elle ?

La période de 10 ans commence à la date de réception des travaux, et non à la date de signature du devis ou du paiement de la facture.

Que faire si l’artisan refuse de fournir son attestation ?

Il est préférable de ne pas signer ni commencer les travaux tant que la couverture n’est pas vérifiée. Vous pouvez demander une attestation directement à l’assureur indiqué par l’entreprise.

Une facture suffit-elle comme preuve d’assurance ?

Non. La facture peut contenir les coordonnées de l’assurance, mais elle ne remplace pas une attestation précisant la période de validité et les activités garanties.

Thibault Verhaegen